POÈME N01 : (CHAUSSURES)
AUTRICE : mio.s
TRADUCTION: KHIEU ANH
aller vers une chanson, voir quelqu’un si loin, je me considère toujours comme je l’ai été
pas à pas
fendre le vent, déverser la pluie couvée du manteau, vingt ans à rester là et regarder chaque grain de sable devenir une roche. je suis ce brin d’herbe qui oscille dans les paroles dont tu donnes la cadence, riant aux éclats et
pas à pas
le temps est une ligne ténue entre la folie et la normalité, entre le flux de l’eau et la sève des arbres, entre un rectangle et un cercle, entre toi et moi dans une relation où celui qui s’efface ignore le manque de l’autre, ignore la création d’un être nouveau qui s’imprime par-dessus pour développer son existence propre, se demandant comment vivre pour qu’ils nous aiment à nouveau comme au premier jour, bien que la pièce soit déjà jouée
un pas après l’autre
l’automne pleure devant mes yeux, la neige blanche trouble la vue mais la chair est brûlante, le soleil saupoudre le corps et nous transforme en des moutons noirs égarés, dont il manque la moitié et séparés par tant d’années-lumière. te retourneras-tu pour regarder l’océan et voir chaque pas qui me façonne, en se fondant dans les vagues et frappant contre le rocher. un bouton de fleur s’épanouit, puis desséché par le sel
un coeur offert pour un baiser écarlate
tout est fugace mais les traces sont réelles, tu es réel et tu t’éloignes, seulement pour retenir mon regard fixé sur ton corps, devenant ce temps dans lequel je demeure, contemplant tant de choses et
pas à pas
constituer un rythme
POÈME N03 : LETTRE DE L’ÉTÉ
AUTEUR : LINH VAN
TRADUCTION: HONG AN
Je veux rester ici quand tout sera passé. Quand le soleil s’éteindra, quand le brume d’automne effleurera les toutes dernières fleurs.
Mais maintenant, c’est l’été. Le soleil inonde les yeux des abeilles. Une porte s’ouvre. La porte appelle à l’éternité
Je veux rester ici quand il ne restera plus rien. Pas même cette sublime beauté rare qui vit ses derniers instants entre lutte et renoncement dans une toile d’araignée.
Les rêves ne peuvent pas se sauver eux-mêmes. Ni les herbes. Oui, les herbes entêtées deviennent naïves et désespérées. Je veux rester ici, dans cette mue d’insecte. Le bruissement innocent sera la voix des nuages. La disparition tisse les moissons. Et un voile de couleurs drape les collines. Et la frontière de la première vie.
Tout, tout passera. Je veux rester ici. Pas par haine. Ni par crainte. Tout est déjà brisé. Tout. La terre s’entrouvre. Engloutit.
J’ai touché. L’obscurité. Ta main. La compassion. Le silence criard. Pour la première fois et à tout jamais.
Je ne t’aime pas. Je ne peux pas t’aimer. Mais merci de m’avoir appris l’amour. Pour que chaque retour signifie celui de revivre. Pleinement.
L’été. Maintenant, c’est l’été.
L’espace est étroit et éblouissant. Le temps viole la chasteté et donne du sens aux pores de la peau.
POÈME N04 : JE VOIS L’ÉGRATIGNURE SUR TON CŒUR
AUTEUR: NGUYEN THANH HIEN
TRADUCTION: KHIEU ANH
et les traces de tes pas semblent encore intactes sous les acajous, ces chemins qui traversent la vie de quelqu’un comme de sombres et inextricables esquisses, durant les jours où tu fuyais la sottise humaine tu as parcouru les vieilles routes cachées sous le feuillage ténébreux et discrets des acajous, les fausses certitudes du siècle ne font que ralentir l’évolution de notre espèce, il est des nuits où je suis parti seul, en quête d’une aide venue des temps anciens, comme un dieu antique et bienveillant qui accepterait de mettre le pied dans notre temps, ou existerait-il quelque miracle issu des forces du chaos primordial capable de dissiper la sottise humaine, mais tout ce que je désire appartient à cette pure spéculation dont le nom est monde d’illusions, je craignais que tu ne puisses traverser ces années difficiles, mais par une nuit de mars où le bruit des vagues venait tapoter la forêt de pins, tu es venue frapper à ma porte, un sourire éclatant sur les lèvres en guise d’explication pour me dire que tu allais bien, tu venais de traverser de sombres chemins, poursuivant ton voyage, disais-tu, le même sourire éclatant toujours sur les lèvres, et pourtant j’ai senti que quelque chose d’étrange t’était arrivé, j’ai collé mon oreille contre ta poitrine, pour essayer d’écouter, et c’est là que j’ai vu l’égratignure sur ton cœur
POÈME N05 : TRAVERSER LES CHAMBRES
AUTEUR : MINH HANG
TRADUCTION : MINH HANG
La chambre, les nuages, les briques, les pierres, et les ruines.
En ce temps-là, quand les arbres verdoyants se couvraient de feuilles, au printemps, sur le port, mon cœur s’ouvrait comme la mer.
Un souffle léger, le temps, un vent, le temps, un orage, le temps, et la tempête.
Le temps passe, emportant les morts qui vivent encore. Il n’y a rien, il ne reste que la mer vidée de ses eaux.
Mais le temps nous a aussi laissé voir le fond de la mer, et le fond de nous-mêmes. Plus personne ne veut porter de masques. Il semble que la vie, alors, recommence.
Où étions-nous, parmi les creux des murs, dans les jours brûlants de l’été. L’être humain ne fait que s’égarer, et aller trop loin et plus loin encore. Il n’y a rien, tout n’est que malentendu.
Les pourquoi n’ont plus d’importance. Si seulement quelqu’un nous avait parlé de la vie avant qu’elle n’arrive. Comment garder l’innocence, comme en ces jours de pluie printanière, sur le port.
Écrire, comme faire tomber des pluies pour lever le visage et les recevoir soi-même. Pour vivre vraiment une vie, il faut cesser d’écrire. Mais pour vivre vraiment une vie, il faut ne jamais cesser d’écrire.
Écrire, comme une bête sauvage, fracasser le rocher
Écrire, comme l’eau, traverser les montagnes, traverser les chambres, traverser les nuages, traverser les briques, les pierres et les ruines.
Écrire, comme un souffle, un souffle léger, un souffle léger.
Je suis assise dans la steppe, les pieds touchent la mer.
POÈME N07 : LE SOUFFLE DANS LA BOITE
AUTEUR : VU HIEP
TRADUCTION: HONG AN
Sous six parois de ta vie
dans les vastes champs, dans la rue étroite ou en gouffre profond
les plaques gravées de ton nom sont toujours à l’extérieur. Quelque part, résonnent des lamentations ou des cris de joie.
Dans cette boîte silencieuse
Etouffé dans ta propre respiration, cherche cherche
Tu ne trouveras que des soupirs qui s’étirent. Bientôt, à travers des orifices, ils parviennent à s’enfuir.
Les trois directions bloquées, le souffle y patiente
Mais ses atomes ne pouvant rester muets
Gémirent à travers les parois. Ouvre puis ferme la bouche, ainsi vois-tu s’extirper la vie de cette boîte de solitude.
Laisser le vide dans cette demeure à six parois
Même l’espace se vide de son air.
Mais l’amour reste là, agenouillé, quand bien même tous les atomes s’en vont loin du bas-monde.
POÈME N08: OÙ DONC EST-IL, MON CŒUR ?
AUTEUR : PHAPXA CHAN
TRADUCTION: THIEN HUONG
Toi
Tu ne veux plus marcher
Assied-toi ici
Je n’ai pas grand’chose
Peut-être cette cuvette de WC
Abandonnée depuis le siècle dernier
Comme le dernier refuge des réfugiés
Toi
Tu ne veux plus pleurer
Fais donc un paquet avec tes larmes
Dans ce papier jadis un traité de paix
Signé avant que ne fleurissent les fusils
Toi
Tu ne veux plus parler
Crache donc les mots ici
Dans mon gosier
Comme un échange de salive dans un baiser
Toi
Tu es fatigué de vivre
Donne-moi ton cœur
Je le ferai battre pour toi
Bien que les cœurs dont j’ai la garde
Seront bientôt plus nombreux que des furoncles dans une galaxie
Je garderai quand même ton cœur au plus près du mien
Mais où donc est-il
Où donc est-il
Mon coeur
POÈME N08 : LA DOUCEUR COMME DES ÉTOILES
AUTEUR : DOAN NGUYEN ANH MINH
TRADUCTION : THIÊN HƯƠNG
Comme un banquet convoqué par l’univers de la nuit
La douceur comme des étoiles filant librement dans une voie lactée
Pourtant quelque part
Le glissement ténu
De pieds froissant un tapis de feuilles mortes
Suffit à me rendre immortel
La goutte d’eau se disperse dans la pierre
Ténue
Comme une pensée se propageant encore
Je n’existe plus
Quelle trace laisserais-je sur le papier
Si ce n’est une plante dans une vie antérieure

